Les fantasmes sexuels sont souvent désignés à tort comme étant synonymes des désirs sexuels d’un individu peut ressentir. Or, les deux constituent bel et bien des construits différents, bien que leurs définitions se recoupent à certains égards (Lehmiller & Gormezano, 2022). La notion de désir implique un but sexuel que l’on veut atteindre; on pourrait parler d’un état de motivation (Mitchell et al., 2012). Le fantasme, lui, est défini ainsi : « toute imagerie mentale qui est sexuellement excitante ou érotique pour l’individu » (traduction libre) (Leitenberg & Henning, 1995). Cette excitation engendrée par un fantasme réfère généralement plutôt à un état affectif (Mitchell et al., 2012). La fonction qu’ont les fantasmes reste incertaine. Selon les différentes hypothèses, ils pourraient occuper une fonction dans le maintien ou la montée de l’excitation sexuelle, ou bien dans la satisfaction de besoins sexuels ou émotionnels non remplis dans la réalité. D’autres hypothèses suggèrent la contribution des fantasmes dans la régulation du stress ou de l’ennui (Lehmiller, 2018). La recherche s’est donc intéressée aux fantasmes que les individus avaient, pour ensuite les comparer avec les désirs sexuels et leurs comportements; en questionnant les gens sur le fantasme le plus récurrent, on se rend compte que quatre personnes sur cinq désiraient mettre en action ce fantasme et qu’une personne sur cinq l’avait déjà fait. Une personne sur cinq n’avait donc aucun désir de mettre en action ce fantasme et, parmi celles qui désiraient le faire, la majorité ne l’avait pas fait (Lehmiller et al., 2017; Lehmiller, 2018, 2020). Il devient donc possible ici de différencier le fantasme du désir et surtout le désir du comportement (Lehmiller & Gormezano, 2022). Une autre étude a examiné les fantasmes de manière plus large (Noorishad et al., 2019). Les participants devaient catégoriser un large éventail de fantasmes selon qu’ils représentaient un fantasme, un intérêt ou une expérience. Seulement 45% des fantasmes se trouvaient dans les 3 catégories à la fois, c’est-à-dire que les participants avaient des fantasmes, un intérêt et présentaient des expériences en lien avec ce fantasme (Noorishad et al., 2019). Dans cette étude aussi, les fantasmes et les intérêts constituaient des concepts distincts, bien que très inter-corrélés. Les fantasmes et les expériences étaient corrélés, mais beaucoup moins fortement (Noorishad et al., 2019). Les fantasmes sont donc assez rarement mis en action dans la réalité. Or, ils peuvent avoir un impact sur la réalité d’une autre manière, comme en influençant les croyances et attitudes de l’individu. En effet, on observe que chez les hommes, avoir plus de fantasmes de dominance est associé à une plus grande adhésion aux mythes sur le viol, et il en est de même pour les fantasmes émotionnels et romantiques chez les femmes (Yule et al., 2016). Les fantasmes de viol sont d’ailleurs assez fréquents chez les femmes, bien que ce fantasme ne reflète pas un désir chez la plupart de ces femmes (Bivona et al., 2012; Clifford, 1978; Critelli & Bivona, 2008). Les fantasmes sexuels constituent un construit bel et bien distinct du désir, bien qu’ils s’entrecoupent à plusieurs égards. Les fantasmes pouvant parfois générer de la détresse et de la honte, il importance de savoir distinguer ces fantasmes de réels désirs d’agir (Bivona & Critelli, 2009; Critelli & Bivona, 2008). Références
Bivona, J., & Critelli, J. (2009). The Nature of Women’s Rape Fantasies: An analysis of prevalence, frequency, and contents. The Journal of Sex Research, 46(1), 33–45. https://doi.org/10.1080/00224490802624406 Bivona, J. M., Critelli, J. W., & Clark, M. J. (2012). Women’s Rape Fantasies: An Empirical Evaluation of the major explanations. Archives of Sexual Behavior, 41(5), 1107–1119. https://doi.org/10.1007/s10508-012-9934-6 Clifford, R. (1978). Development of masturbation in college women. Archives of Sexual Behavior, 7(6), 559–573. https://doi.org/10.1007/bf01541922 Critelli, J. W., & Bivona, J. M. (2008). Women’s Erotic Rape Fantasies: An Evaluation of Theory and research. The Journal of Sex Research, 45(1), 57–70. https://doi.org/10.1080/00224490701808191 Lehmiller, J. J. (2018). Tell me what you want: the science of sexual desire and how it can help you improve your sex life. Da Capo Lifelong Books. Lehmiller, J. J. (2020). Fantasies about consensual nonmonogamy among persons in monogamous romantic relationships. Archives of Sexual Behavior, 49(8), 2799–2812. https://doi.org/10.1007/s10508-020-01788-7 Lehmiller, J. J., & Gormezano, A. M. (2022). Sexual fantasy research: A contemporary review. Current Opinion in Psychology, 49, 101496. https://doi.org/10.1016/j.copsyc.2022.101496 Lehmiller, J. J., Ley, D., & Savage, D. (2017). The psychology of gay men’s cuckolding fantasies. Archives of Sexual Behavior, 47(4), 999–1013. https://doi.org/10.1007/s10508-017-1096-0 Leitenberg, H., & Henning, K. (1995). Sexual fantasy. Psychological Bulletin, 117(3), 469–496. https://doi.org/10.1037/0033-2909.117.3.469 Mitchell, K. R., Wellings, K. A., & Graham, C. (2012). How do men and women define sexual desire and sexual arousal? Journal of Sex & Marital Therapy, 40(1), 17–32. https://doi.org/10.1080/0092623x.2012.697536 Noorishad, P., Levaque, E., Byers, E. S., & Shaughnessy, K. (2019). More than one flavour: University students’ specific sexual fantasies, interests, and experiences. The Canadian Journal of Human Sexuality, 28(2), 143–158. https://doi.org/10.3138/cjhs.2019-0024 Yule, M. A., Brotto, L. A., & Gorzalka, B. B. (2016). Sexual Fantasy and Masturbation among Asexual Individuals: An In-Depth Exploration. Archives of Sexual Behavior, 46(1), 311–328. https://doi.org/10.1007/s10508-016-0870-8
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