Lorsque l’on parle d’addiction, nos réflexions tendent à se diriger vers le trouble de consommation qui implique une substance. L’utilisation de drogues et l’alcoolisme sont des concepts bien connus et étudiés. Mais depuis tout récemment, une nouvelle branche de ce trouble attise la curiosité du domaine de la recherche et de l’intervention. On réalise que cette pathologie n’implique plus forcément une substance et reconnaît maintenant qu’il est possible de devenir dépendant de certains comportements. Qu’est-ce que l’addiction comportementale? Dans ce bref article, je tenterai de définir ce trouble avec le plus de nuance possible et j’illustrerai quelques sous-catégories d’addiction comportementale. J’expliquerai finalement pour quelle raison elle représente une très grande complexité diagnostique et clinique. Le DSM-V offre une très modeste place à l’addiction comportementale, ce qui démontre l’émergence du concept ainsi que sa très grande complexité. Seul le jeu d’argent pathologique est concrètement décrit dans ce manuel diagnostique en le catégorisant comme un « trouble sans substance ». Grant et ses collaborateurs nous offrent une définition un peu plus spécifique en caractérisant l’addiction comportementale d’un comportement réalisé qui produit une récompense à court terme et qui amène une personne à répéter ce comportement, peu importe les conséquences négatives et conscientes que cela peut lui apporter. On note ici que c’est l’aspect de perte de contrôle qui permet de cerner qu’une personne est probablement sujette à ce type de dépendance (Grant et al., 2010). Les premiers travaux sur l’addiction comportementale ont déterminé 6 points clés à surveiller pour identifier la présence de ce trouble (Griffith et al. 2005) :
Même si nous sommes sur une piste vers la définition de cette nouvelle pathologie, il existe encore de nombreux débat qui empêche un consensus final sur ce qui constitue réellement une addiction comportementale. Les critères diagnostiques encore abstraits nuisent à l’identification officielle des différents comportements relevant de la dépendance, ce qui alimente les discussions entre auteurs quant à l’inclusion ou l’exclusion de certains d’entre eux (Brand et Potenza, 2023). Toutefois, afin de donner une image plus concrète du trouble, voici une liste des sous-catégories de comportements qui sont le plus fréquemment considérées (Starcevic, 2016) :
S’il existe une variété de théories neurologiques, cognitives, sociales et psychologiques qui tentent d’expliquer l’addiction comportementale, il demeure important de comprendre d’où provient cette complexité et ce manque de consensus. En raison de la grande variété de comportements sujets à devenir une addiction, il est difficile de mettre en lumière des mécanismes communs qui expliquent leur évolution vers une addiction. Si certains de ses comportements sont à la base sains et essentiels à l’être humain contemporain (comme la sexualité ou l’utilisation d’internet), d’autres sont de nature beaucoup plus spécifique et souvent pathologique (comme la cleptomanie et le jeu pathologique) (Starcevic, 2016). Il est raisonnable de croire que la cleptomanie ne se développe pas de la même manière qu’une dépendance sexuelle. En réponse à cette hétérogénéité du trouble, des pistes thérapeutiques ont été proposées. L’une d’elle nous invite à aborder les motifs personnels de l’individu sous-jacents à son addiction plutôt que traiter le comportement lui-même (Starcevic et Janca, 2011). Quel est le rôle de l’addiction dans la vie du patient? Est-ce que la cleptomanie provient d’un sentiment d’anxiété lié à une insécurité financière ou à une recherche d’adrénaline? L’addiction sexuelle est-elle une réponse à un trauma ou un besoin entièrement physiologique? Selon ces auteurs, c’est avec une approche individuelle qui se centre sur la fonction de la dépendance chez la personne que l’on peut comprendre et ensuite intervenir sur le trouble. Ce qu’il est important de retenir, c’est que les frontières du trouble de l’addiction comportementale restent encore à déterminer et à comprendre. L’importance de la recherche dans ce domaine est d’autant plus évidente que les comportements concernés par l’addiction sont hétérogènes, ce qui suggère de porter une attention particulière à ses sous-catégories plutôt qu’à une approche globale. En pratique, la dépendance représente une souffrance et handicap la vie de celles et ceux qui doivent composer avec elle. Si vous ou l’un de vos proches croyez être affecté par ce trouble, ne demeurez pas seul, car des ressources existent pour vous. Ressources :
Références : Bickel, W. K., Kowal, B. P., & Gatchalian, K. M. (2006). Understanding addiction as a pathology of temporal horizon. The Behavior Analyst Today, 7(1), 32‑47. https://doi.org/10.1037/h0100148 Brand, M., & Potenza, M. N. (2023). Behavioral addictions in the ICD-11 : An important debate that is anticipated to continue for some time: Commentary to the debate: “Behavioral addictions in the ICD-11”. Journal of Behavioral Addictions, 12(3), 585‑589. https://doi.org/10.1556/2006.2023.00042 Derevensky, J. L., Hayman, V., & Lynette Gilbeau. (2019). Behavioral Addictions. Pediatric Clinics of North America, 66(6), 1163‑1182. https://doi.org/10.1016/j.pcl.2019.08.008 Grant, J. E., Potenza, M. N., Weinstein, A., & Gorelick, D. A. (2010). Introduction to Behavioral Addictions. The American Journal of Drug and Alcohol Abuse, 36(5), 233‑241. https://doi.org/10.3109/00952990.2010.491884 Starcevic, V. (2016). Behavioural addictions : A challenge for psychopathology and psychiatric nosology. Australian & New Zealand Journal of Psychiatry, 50(8), 721‑725. https://doi.org/10.1177/0004867416654009 Starcevic, V., & Janca, A. (2011). Obsessive–compulsive spectrum disorders : Still in search of the concept-affirming boundaries. Current Opinion in Psychiatry, 24(1), 55‑60. https://doi.org/10.1097/YCO.0b013e32833f3b58
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