Avez-vous déjà comparé votre corps à celui que vous voyez à l’écran ? Que ce soit dans les films, sur les réseaux sociaux ou dans la pornographie ? En rassemblant les résultats de plusieurs études, une revue systématique de la littérature suggère que la fréquence d’utilisation de pornographie est associée à une image corporelle générale et sexuelle plus négative (Paslakis et al., 2020). Il n’y a toutefois pas de consensus clair : certaines études plus récentes rapportent un lien négatif à court terme, mais qui ne semble pas toujours persister dans le temps (Demirgül et al., 2025 ; Paquette et al., 2023). Mais qu’en est-il lorsque cette utilisation devient difficile à contrôler et qu’on la considère comme problématique ? Dans ce court article, je proposerai une brève définition de l’utilisation problématique de la pornographie, avant d’explorer ce que la recherche suggère quant à ses liens avec l’image corporelle. De manière générale, l’utilisation de la pornographie désigne une consommation intentionnelle de contenus sexuels explicites, sans interaction directe avec les personnes représentées. Cette utilisation ne pose généralement pas problème (Kohut et al., 2017). Toutefois, chez certaines personnes, l’utilisation peut devenir difficile à contrôler et occuper une place envahissante dans la vie quotidienne. On parle alors d’utilisation problématique de la pornographie, soit une utilisation marquée par une perte de contrôle et associée à des conséquences négatives, notamment sur le bien-être psychologique et les relations interpersonnelles (WHO, 2022). Il est important de souligner que l’utilisation problématique ne se définit pas par la fréquence seule, mais plutôt par la détresse et les difficultés qui y sont liées (Bőthe et al., 2018). Plusieurs études ont mis en évidence des liens entre l’utilisation problématique de la pornographie et une insatisfaction de l’image de son corps. Ces associations ont été observées tant chez les hommes que chez les femmes (Demirgül et al., 2025). Chez les hommes issus de la diversité sexuelle, un article suggère que cette insatisfaction pourrait être liée au fait de se comparer à des corps très idéalisés (souvent très musclés ou hypermasculins), comme ceux souvent présentés dans la pornographie (Sommantico et al., 2021). Des résultats similaires ont été observés où l’utilisation problématique de la pornographie était associée à une tendance accrue à comparer son apparence à celle des autres, ce qui allait de pair avec une image corporelle plus négative (Gewirtz-Meydan et al., 2024). Chez les femmes, une consommation fréquente de pornographie, des difficultés de contrôle ou un usage perçu comme excessif n’étaient pas liés à l’image corporelle. C’est plutôt par l’évitement des émotions négatives telles que la dépression et la honte que l’utilisation problématique de la pornographie serait associée à une image corporelle négative (Borgogna et al., 2018). Autrement dit, lorsqu’une femme consommerait de la pornographie de manière excessive, sa santé mentale pourrait être affectée, ce qui serait lié, entre autres, à avoir un regard plus négatif envers son apparence. Finalement, bien que ces associations soient observées chez les deux genres, les hommes rapporteraient des associations plus fortes entre l’utilisation problématique de la pornographie et l’insatisfaction de l’image corporelle. Ces relations pourraient toutefois aller dans les deux sens (être bidirectionnelles) : une insatisfaction de l’image corporelle pourrait non seulement être associée à une utilisation problématique de la pornographie à long terme, mais aussi y contribuer (Demirgül et al., 2025). En somme, bien que l’utilisation problématique de la pornographie soit associée à une plus grande insatisfaction corporelle, ces liens peuvent varier selon les individus et ne signifient pas qu’elle cause directement cette insatisfaction. Comprendre ces relations peut aider à mieux soutenir les personnes concernées et à réfléchir à des stratégies pour favoriser un usage plus équilibré de la pornographie et un rapport plus sain avec le corps. Si vous ou un proche ressentez une détresse liée à l’usage de la pornographie ou à l’image corporelle, des ressources sont disponibles pour obtenir du soutien.
Références :
Borgogna, N. C., Lathan, E. C. et Mitchell, A. (2018). Is women’s problematic pornography viewing related to body image or relationship satisfaction? Sexual Addiction & Compulsivity, 25 (4), 345 ‑366. https://doi.org/10.1080/10720162.2018.1532360 Bőthe, B., Tóth-Király, I., Zsila, A., Griffiths, M. D., Demetrovics, Z. et Orosz, G. (2018). The development of the Problematic Pornography Consumption Scale (PPCS). The Journal of Sex Research, 55 (3), 395 ‑406. https://doi.org/10.1080/00224499.2017.1291798 Demirgül, S. A., Demetrovics, Z., Czakó, A., Paksi, B., Kökönyei, G., et Bőthe, B. (2025). Bidirectional positive associations between problematic pornography use and body dissatisfaction in women and men: Findings among Hungarian young adults in a one-year longitudinal study. Body Image, 54, 101940. https://doi.org/10.1016/j.bodyim.2025.101940 Demirgül, S.A., Paquette, M.M., Bergeron, S., Paksi, B., Czakó, A., Demetrovics, Z. et Bőthe, B. (2025). Curves and pixels: Longitudinal associations between frequency of pornography use and body dissatisfaction in a sample of young Hungarian adults. Sexuality Research and Social Policy. https://doi.org/10.1007/s13178-025-01179-4 Gewirtz-Meydan, A., Bőthe, B. et Spivak-Lavi, Z. (2024). The associations of pornography use and body image among heterosexual and sexual minority men. Archives of Sexual Behavior, 53, 3379–3392. https://doi.org/10.1007/s10508-024-02887-5 Kohut, T., Balzarini, R. N., Fisher, W. A., Grubbs, J. B., Campbell, L. et Prause, N. (2020). Surveying pornography use: A shaky science resting on poor measurement foundations. The Journal of Sex Research, 57(6), 722‑742. https://doi.org/10.1080/00224499.2019.1695244 Paquette, M. M., Bőthe, B., Dion, J., Girouard, A. et Bergeron, S. (2023). Can I love my body even if it doesn't look like the porn stars'? Longitudinal associations between pornography use frequency and body appreciation in a diverse sample of adolescents. Archives of sexual behavior, 52(8), 3471–3489. https://doi.org/10.1007/s10508-023-02679-3 Paslakis, G., Chiclana Actis, C. et Mestre-Bach, G. (2022). Associations between pornography exposure, body image and sexual body image: A systematic review. Journal of health psychology, 27(3), 743–760. https://doi.org/10.1177/1359105320967085 Sommantico, M., Gioia, F., Boursier, V., Iorio, I. et Parrello, S. (2021). Body image, depression, and self-perceived pornography addiction in Italian gay and bisexual men: The mediating role of relationship satisfaction. Mediterranean Journal of Clinical Psychology, 9(1). https://doi.org/10.6092/2282-1619/mjcp-2758 World Health Organization. (2022). International statistical classification of diseases and related health problems (11e éd.). https://icd.who.int/browse/2025-01/mms/fr#1630268048
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